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Il n'est plus là.
C'était un matin ordinaire. Il a passé la porte après l'avoir serrée fort contre lui une dernière fois. Comme chaque fois. Son boulot à elle commence plus tard. Et ce calin du matin fait partie de leurs rituels. Il se lève, l'embrasse, file déjeuner et prendre sa douche. Oh, elle pourrait se lever pour l'accompagner.. Mais non. Peut-être qu'elle devrait le faire, elle se promet régulièrement d'y penser. Mais ils se couchent déjà si tard que son organisme ne tiendrait probablement pas le coup très longtemps. Et puis.. Elle n'aurait pas ce dernier calin. Quand il sent si bon, juste après la douche, et qu'elle dort encore à moitié. Il la berce doucement contre lui, lui dit qu'elle est belle et ça la fait sourire. Elle lui dit qu'elle l'aime et il disparait. Reste juste à se rendormir un peu de bonheur au bord des lèvres. Au bord des rêves.
Ce matin là, une heure plus tard, son réveil n'a pas sonné.
Ou elle ne l'a pas entendu. Ca n'a pas d'importance. Ce qui a finalement réussi à la sortir de son sommeil, c'est le sonnerie du téléphonne. Le fixe, pas son gsm. Celui qui ne sonne jamais. La seule à utiliser ce numéro, c'est la grand mère de son homme. Bien qu'il soit déjà 9heures et demi, ça lui parait tôt. En se levant, elle sent une angoisse sourde poindre dans sa poitrine. Ca l'ensserre si fort qu'elle se refuse à faire les trois derniers pas qui la séparent encore du combiné. Elle attend. Encore trois sonneries, et la messagerie prendra le relais. Elle s'enclenche. Un silence, une respiration. Un homme à la voix hésitante laisse un numéro, celui de l'hopital. Lui demande de rappeler rapidement. Elle ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase, se rue sur le téléphonne.
Elle ne dit pas un mot, à l'autre bout du fil, l'homme a compris.
Ce qu'elle veut, c'est un sursis. Un dernier instant d'une vie si pas parfaite, au moins belle. Un dernier instant pour être deux.
Les mots tombent, finalement :
" J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer ... "
Ca la fait rire, d'un rire désesperé. Cette phrase qu'elle a lue tant de fois dans des mauvais romans, entendue si souvent dans des feuilletons stupides. Ceux là même dont elle a ri si souvent. Son coeur se glace, ses doigts se crispent. Elle attend, en silence.
La sentence tombe. Il ne reviendra pas, jamais. Un accident. Mais tout ça, elle s'en fiche. Ce qui compte c'est qu'il ne reviendra plus. Alors, elle raccroche. Et se laisse glisser doucement, lentement, douloureusement contre le mur.
Elle est resté là, longtemps.
Il n'est plus là.


